Events

Sunday, July 27, 2008

Retro Reading

Le Monde has been running (in French, of course) a very stimulating series of concise "Rétrolectures," offering current re-readings of influential books of the postwar era.   

Some of the texts are mainly of French interest, while others (e.g. Simone de Beauvoir's Second Sex) achieved worldwide renown and even popularity.  Some marked the beginnings of auspicious careers or at least breakthroughs to celebrity.  Some are brief, others massive.  Most are complex: easy to caricature, harder to characterize.

Virtually all of the appreciations are written in a characteristically French lapidary style:  a concentrated yet lucid manner that at once introduces the book to the novice and engages the interest and commands the respect of the connoisseur.

What is it, the critics, ask, that allows some books to engage us so intensely even after the original issues and their passions have long faded? (It is of course a question that one can apply to many classics, from Swift to Orwell. Marx posed a similar question with regard to the aesthetic appeal of the ancient Greeks.)

Perhaps most intriguing are the musings on works that were once celebrated and have retained their classic status without remaining a living intellectual presence for most of us.

One category is the classic that everyone talks about but few have actually read.  Gérard Courtois makes a point that many historians will immediately appreciate when he says that it is high time to "re-read"—"or rather, read"—Braudel's history of The Mediterranean in the Age of Philip II.  Although the massive work is always cited as a masterpiece and taken as the epitome of Braudel's contribution to the Annales school of total history and one of the foundations of modern global history, Courtois goes on to note that, judging from the small pressruns of the early editions, it is likely that readers in most cases never got far into the book, or indeed, beyond the preface.  (Steven Hawking's Brief History of Time would doubtless qualify for equivalent treatment in an Anglo-Saxon listing.)

A critical re-reading of a different sort is required for works arising from controversies that now seem as alien or dated as those between Guelphs and Ghibellines or Jesuits and Jansenists.  This is particularly the case for books dealing with communism:  It can be hard for some nowadays to understand the appeal of Marxism, not to mention the nuanced shadings of doctrine that were life-or-death matters (in some cases, literally) for the insider, the agony that could be occasioned by apostates (many, such as Edgar Morin, used the religious analogy) who attempted to square the demands of a dissenting conscience with a feeling of loyalty to the grand faith.

What is one to make of a daunting work such as Merleau-Ponty's Humanism and Terror?   He asserted that it was justifiable to kill the innocent for the sake of the revolution, yet realized that the violence of the USSR was a police terror that lacked even this pretense of cruel utility, and agonizingly concluded, "one cannot be a communist, and one cannot be an anticommunist"? And how does one then measure this work against The Rebel of Camus, who clearly concluded that one could not be a communist, while charging that utopian movements of both right and left became forces of oppression rather than liberation.  Can his "third way" of "neither victims nor executioners" be a practical program for political action in a dangerous world?  Is it possible to treat two such authors critically yet historically, that is, without reducing their ideas to cardboard cut-out positions of Stalinism versus liberalism?

Still another reading strategy is required for Sartre's Reflections On the Jewish Question. Is the book still relevant?  Nicolas Weill asks. Some, identifying the essential and most dangerous form of contemporary antisemitism in jihadism, will answer in the negative, concluding that the Christian and western roots of the traditional historical phenomenon are less pertinent, if at all.  Some may find Sartre's philosophically derived, abstract typology of social actors and critical categories dated.  And yet, despite or because of his avowedly anti-empirical approach, his focus on otherness achieved an insight, a philosophical and social truth that seems to transcend changing historical conditions.  Weill calls it a "Copernican revolution" that is as relevant today as when it was written shortly after the Liberation:  The source of antisemitism has very little to do with Jews and everything to do with the antisemite.  In Sartre's words, the "prelogical archaism" is "not a Jewish question: it is our question" because "The democrat has much to do:  he concerns himself with the Jew in his leisure time; the antisemite has but a sole enemy, he can think of him all the time; it is he who sets the tone."


14 July:  on Jean-Paul Sartre, Réflexions sur la question juive (1946)
Alors que l'antisémitisme est resté - ou est redevenu - un problème en France, n'est-on pas en droit de s'interroger sur l'actualité de Réflexions sur la question juive (Folio/Essais, 6,80 €), publié en 1946 au sortir de la guerre et de l'Occupation, à un moment où Jean-Paul Sartre était un auteur à succès et un philosophe à la mode ? Non, certes, pour ceux qui considèrent que la haine antijuive a changé de nature à la fin du XXe siècle et qu'il faut désormais la désigner d'un autre nom (la "judéophobie") et l'attribuer à de "nouveaux acteurs" fondamentalistes musulmans, voire anciens colonisés, et non plus exclusivement aux chrétiens ou Occidentaux. Mais pour les autres ?

[. . . . ]

La thèse, exprimée avec tout le tranchant du style sartrien, peut se résumer comme suit : la source de l'obsédante "passion" antijuive (pour la distinguer d'une "opinion" ou d'un simple "préjugé") ne doit pas être recherchée dans les faits et gestes des victimes juives, mais dans l'étude de leur persécuteur - l'antisémite -, dont la première partie propose un "portrait". Cette révolution copernicienne, qui retourne l'objectif sur l'acteur et non plus sur l'objet de la haine, demeure un des grands acquis des Réflexions.

[. . . . ]

Un antisémitisme qui, contre toute attente, perdurait après la Libération. C'est cette redoutable capacité de survie et d'adaptation que reflète l'appel final à considérer que cet "archaïsme prélogique" "n'est pas un problème juif : c'est notre problème".

Voilà bien qui conserve à ce texte plus que sexagénaire une réelle fraîcheur. Les juifs, remarque Sartre, ont dans les antisémites des adversaires acharnés et dans le "démocrate" un tiède défenseur. "Le démocrate a fort à faire : il s'occupe du juif quand il en a le loisir ; l'antisémite n'a qu'un seul ennemi, il peut y penser tout le temps ; c'est lui qui donne le ton", écrit Sartre. Tant que ce déséquilibre persiste, l'injonction sartrienne en faveur d'un libéralisme vigilant, qui tient compte de la spécificité "concrète" de la question antisémite au lieu de camper sur les abstractions de son propre idéal du Bien, donnera toujours matière à réfléchir.

15 July:  Jean-Louis Andréani, Jean-François Gravier, Paris et le désert français (1947)

• 16 July:  Roger-Pol Droit, on Maurice Merleau-Ponty, Humanisme et terreur (1947)
"Le communisme est-il égal à ses intentions humaines ? Voilà la vraie question." C'est en ces termes que le philosophe Maurice Merleau-Ponty résume, en 1947, dans la préface d'Humanisme et terreur (Gallimard), l'objet de son livre. Il ne s'agit pas, il y insiste, de confronter seulement le discours libéral et le discours marxiste - ce qui a été fait mille fois. Pas question non plus de se contenter de la critique inaugurée par Marx des politiques libérales : les principes et les droits affichés masquent la réalité sordide de la domination et de la violence.

La vraie question porte sur la violence révolutionnaire et sa dérive stalinienne. Ce que veut le philosophe n'a rien d'angélique ni de bêtement moralisateur. Il admet, somme toute, que l'on puisse tuer des innocents au nom de la révolution. A la condition qu'il y ait, au bout du compte, quelques pas accomplis vers plus de liberté et plus d'humanisation de l'histoire. Pour le dire de manière triviale : si l'on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs, encore faut-il qu'il y ait un début d'omelette pour justifier la casse...

Or ce n'est pas le cas. Aux yeux de Merleau-Ponty, l'Union soviétique d'après-guerre n'exerce plus une violence révolutionnaire au nom du prolétariat. Elle fait régner seulement la terreur policière, multiplie les procès de pseudo-espions et de faux traîtres, trompe les travailleurs et ne fait aucun progrès d'aucune sorte en direction des buts qu'elle s'est donnés. Pourtant, ce n'est pas encore assez pour la combattre et faire le jeu du camp adverse. La position de Merleau-Ponty, à cette date, n'est pas des plus commodes : il est toujours marxiste et refuse de condamner les communistes, mais il ne peut malgré tout se taire face aux abus et aux impasses. Ce qu'il exprime en ces termes : "On ne peut pas être anticommuniste, on ne peut pas être communiste."
• 17 July, Josyane Savigneau, on Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe (1949)

19 July:  Gérard Courtois, on Fernand Braudel, La Méditerrannée et le monde méditerranén à l'époque de Philippe II (1949)
Alors qu'une quarantaine de chefs d'Etat et de gouvernement viennent de se réunir à Paris pour exprimer leur volonté de "transformer la Méditerranée en un espace de paix et de prospérité", c'est le moment ou jamais de relire La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, le maître-ouvrage de Fernand Braudel. Le relire, ou plutôt le lire. Car, à en juger par les tirages modestes des éditions successives, il est probable qu'on n'en a souvent feuilleté que des extraits, voire seulement cette préface de la première édition.
Il est vrai que tout y est dit, dès 1949 : sa passion d'historien "global", rameutant les apports de la géographie ou de l'économie, de la technologie, de l'ethnographie ou de la climatologie ; sa gourmandise affichée pour la "masse prodigieuse" d'archives où il plongea vingt-cinq ans durant ; son "besoin de voir grand" sans craindre de perdre le fil de son ambition. Laquelle n'est pas mince : "essayer de bâtir l'histoire autrement que nos maîtres l'enseignaient", la faire sortir des chancelleries pour découvrir la "vraie vie" et pour mieux faire apparaître la profondeur de champs, de champs multiples, où s'inscrivent ce qu'on a coutume d'appeler "les événements".
19 July: Xavier Ternisien, on Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme (1950)

22 July:  Marc Escola, on Albert Camus, L'Homme révolté (1951)
A peine le livre sorti, la critique alimente la houle. L'essai est louangé ou stigmatisé. Nulle indifférence. Des amis ou des ennemis, ou des adversaires parmi ses amis. Il se met à dos Breton et les surréalistes, Sartre et les existentialistes. Le Figaro littéraire y lit un grand texte de l'ère contemporaine, Le Monde encense "l'émouvant essai d'histoire et de morale". "Plus que la prise de conscience d'une époque par un esprit lucide et courageux, on ne tardera pas à y voir une réflexion de l'époque sur elle-même", écrit Maurice Nadeau dans Combat.

Quels sont donc cette réflexion, ce tournant, le ferment du désordre ? Une condamnation des révolutions et des idéologies absolues qui, après avoir tué Dieu et glorifié l'histoire, sous couvert de libérer la communauté des hommes, mènent à l'impasse sanglante de la répression et des violences meurtrières. En pleine guerre froide, à l'ombre de Staline, la portée est d'ampleur. Le sujet électrise la gauche, rompt des amitiés.

Pour sceller cette condamnation, Albert Camus ouvre une longue marche à travers l'histoire de la révolte. Son originalité ? De ne pas séparer la révolte métaphysique de l'homme contre sa condition ("Je me révolte donc nous sommes") du chapelet de révoltes historiques que comptent les siècles, notamment les XIXe et XXe, où échouera "la démesure du temps". Pour armer son propos, l'auteur convoque les figures de Caïn, Sade, Saint-Just, Lautréamont, Rimbaud, Bakounine, Nietzsche et les terroristes russes de la Volonté du peuple.

[. . . . ]
Si les circonstances politiques ont changé - chute du Mur oblige -, il n'est pas certain que les réflexions qu'avait suscitées L'Homme révolté soient pour autant dépassées. Saisie par le terrorisme du 11-Septembre, la question de l'usage de la violence est toujours d'actualité. Il y a plus d'un demi-siècle, Camus ciblait la violence révolutionnaire, quand Sartre voulait, lui, d'abord régler son compte à celle qu'imposent structurellement des systèmes sociaux fondés sur l'inégalité (soutenez la révolution et vous étiez catalogué adversaire de la Liberté, défendez la Liberté et vous étiez considéré comme rejetant le seul projet contestant le capitalisme). Aujourd'hui résonneraient d'un côté la violence suicidaire d'Al-Qaida, de l'autre la domination de l'Oncle Sam conquérant...
23 July: Pascal Perrineau, on René Rémond, La Droite en France de 1815 à nos jours (1954)

24 July:  Roger Pol-Droit,, on Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques (1955)

24 July:  Gérard Courtois, on Roland Barthes, Mythologies (1957)

25 July:  Patrick Jarreau, on Edgar Morin, Autocritique (1959)
Voyant le Parti communiste aujourd'hui, on n'imagine pas qu'il ait pu fasciner quiconque. L'Union soviétique a disparu il y a bientôt vingt ans, et le communisme chinois, s'il est toujours au pouvoir, ne prétend plus incarner une nouvelle ère de l'humanité. On cherche vainement, dans le monde actuel, un échantillon de stalinisme vivant que l'on pourrait présenter comme exemple de ce dont Edgar Morin parle dans Autocritique.
D'où vient alors que ce livre accroche toujours son lecteur?
26 July: Alain Faujas on René Dumont, L'Afrique noire est mal partie (1962)

No comments: